Klemmeu er barh koh é veruel

Plaintes du vieux Barde mourant


 

 

 

 

 

Loeiz Herrieu

 

 

l. Spiet em es én hentig don en Ankeu é valé,

Geton é linsél guen hag é falz didruhé.

 

2. Hag ean en des dizoleit d'ein e tosta d'en termen

Ma vou ret diézel guerzenneu ha télen.

 

3. Diléz embér er geh télen en des me sekouret,

De gañnein gloér d'em bro, de Vreih-Izel karet.

 

4. Pel erhoalh guir é 'm es kleuet er mur bras é kornal,

Hag en éned bourus ér hoédeu é kañnal.

 

5. Er gohoni en des, un dé, dichennet ai mem blèu

Hag é mant a boudé ker guen avèl rèu.

 

6. Pe vé guélet ur huéen seh e vé bean diskaret:

Ha mé kent ma vou pel d'er marù é vein falhet.

 

7. Pe n'em behé nameit kuitat er bed get é ardeu,

Ne vehen ket guélet e skuill kalz a zareu;

 

8. Mes un dra-ral e garg, siouah! me halon a ankin;

Me zélen ne son mui nameit tonnieu begin.

 

9. Guélet e hran bugalé Breih e tont de vout digas,

Digas doh ou Mam-goh, doh Breih karet, allas!

 

10. Dispriz e hrant ou Fé, ou iez ha kizieu ou zadeu;

Dilézel e hrant memb Sent koh ha pardonieu.

 

11. Ne hrant mui dalhmat meit goapat hun sonnenneu ken koant:

Pozeu dihaill Bro-Gal én ou leh e ziskant.

 

12. Hoarhein e hrant, tud divergont! pe gleuant ou Barhed:

Taliézin, mestr keh, 'dan hou sam doar ouilet. . .

 

13. Ret vou d'ein enta, kent merùel, rein dehé me malloh;

Perak nen doh hui deit, o marù, d'em hlask koursoh?

 

14. Galuèt bean er barh diskonfort, men Doué, d'hou ranteleh,

Chuéh on 'huélet bamdé treisein mem Broig keh...

 

L. H.

 

 

 



1. J'ai rencontré dans le chemin clos, l'Ankou en tournée

Avec son linceul blanc et sa faux implacable.

 

2. Il m'a dévoilé que les temps sont proches,

où je devrai délaisser guerzes et harpe,

 

3. où je devrai délaisser la chère harpe qui m'a aidée

A chanter et à célébrer tes gloires, à ma Bretagne chérie.

 

4. Assez longtemps il est vrai, j'ai entendu la grande mer mugir

Et les oiseaux charmer la paix des sombres forêts.

 

5. La vieillesse, un jour, est descendue sur ma tête

Et depuis mes cheveux sont devenus aussi blancs que la blanche gelée.

 

6. Lorsqu'un arbre se désèche, il est vite abattu:

C'est ainsi que la mort me traitera bientôt.

 

7. Si je n'avais qu'à quitter le monde et ses plaisirs,

on ne me verrait pas verser beaucoup de larmes;

 

8. Mais hélas! d'autres tourments s'emparent de mon coeur;

 Ma harpe ne donne plus que des airs de deuil.

 

9. Je vois les enfants de Bretagne devenir indifférents,

Indifférents envers leur Aïeule, à toi Bretagne aimée.

 

10. Ils méprisent leur Foi, leur Langue, les usages .de leurs ancêtres;

Ils abandonnent jusqu'à leurs vieux Saints et leurs pardons.

 

11. Ils se moquent, ô les ingrats! de nos belles sônes:

D'ineptes couplets venus de France les ont remplacées.

 

12. Ils rient, les impudents, lorsque chantent leurs Bardes:

Taliésin, ô Maître aimé, pleure dans ton froid tombeau.

 

13. Il me faudra donc avant de mourir, les maudire,

O mort, pourquoi tant tarder à accomplir ton oeuvre!

 

14. Rappelez bientôt, mon Dieu, vers vous le pauvre Barde,

Je suis lâs de voir trahir chaque jour ma chère Bretagne.